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L’Unité Mixte de Physique, après avoir été un acteur majeur de l’éclosion et du développement
de la spintronique, est aujourd’hui présente dans la plupart des développements actuels
en spintronique et nanomagnétisme.
Phénomènes de transfert de spin
Les expériences de transfert de spin permettent de manipuler l’aimantation d’un corps
ferromagnétique sans appliquer de champ magnétique mais seulement en transférant du moment
angulaire de spin depuis un courant électrique polarisé de spin. Le transfert de spin peut
être utilisé soit pour renverser or réorienter l’aimantation, soit pour générer des oscillations
dans le domaine des hyperfréquence, ou encore pour déplacer une paroi de domaine magnétique.
Les études réalisées à l'UMP comprennent à la fois des expériences sur des nano-piliers et des
expériences de déplacement de parois de domaine par transfert de spin.
- Nano-piliers : Nos études combinent des expériences de magneto-transport et des mesures
de spectre hyperfréquence sur des nano-piliers sub-microniques découpés dans des multicouches
magnétiques (collaboration avec le LPN-CNRS pour les techniques de lithographie électronique).
Une recherche théorique est développée en parallèle. Par exemple, en exploitant des
résultats théoriques, nous avons pu concevoir et réaliser des structures de piliers qui,
contrairement aux types de piliers étudiés jusqu’à présent, génèrent des oscillations
hyperfréquence en l’absence de champ magnétique. L’intérêt de ce résultat peur être une
simplification de la technologie des oscillateurs à transfert de spin. Des simulations
numériques nous ont également permis de proposer un mécanisme de synchronisation d’une
assemblée d’oscillateurs de transfert de spin connectés électriquement, mécanisme confirmé
par nos premières expériences, voir Figure 1. La synchronisation d’oscillateurs est un enjeu
important pour la réalisation de dispositifs générant une puissance hyperfréquence suffisante.
- Paroi de domaines magnétiques : Le déplacement de paroi par un courant
électrique est une autre application des phénomènes de transfert de spin. Nous réalisons
des expériences de commutation de vannes de spin par déplacement de paroi induit par courant.
Nous avons également mis en évidence un phénomène nouveau d’oscillation de paroi généré par transfert de spin.
Figure 1: Spectre de puissance hyperfréquence généré par deux oscillateurs à transfert de spin
(nano-piliers) connectés électriquement en série pour diverses valeurs du courant DC d’excitation.
Selon la gamme de courant considéré, on observe soit deux pocs correspondant aux oscillations
indépendantes des deux nano-piliers, soit un seul pic de puissance nettement plus élevée
(et plus étroit) que l’on peut associer à la synchronisation des deux nano-piliers.
Nano-spintronique et Nanomagnétisme
Ce thème regroupe diverses études sur des nano-particules magnétiques
- Nano-spintronique: Nos recherches sont centrées sur des expériences de transport
à un électron dans des structures construites autour d’un nano-agrégat unique
(technique de nano-indentation). Dans le cas d’un agrégat non-magnétique connecté à des électrodes
magnétiques (Co) par deux nano-jonctions tunnel, l’interférence entre blocage de Coulomb et
accumulation de spin génère des effets magnéto-Coulomb semblables à ceux représentés sur la Figure 2.
Ces effets magnéto-Coulomb donnent directement accès au temps de cohérence du spin dans la
nano-particule étudiée. On obtient, par exemple, 2 ns pour une nano-particule de cuivre de 6 nm.
Ce type d’expérience, qui n’avait jamais été réalisée avec une particule unique, apparaît comme un
outil unique pour l’étude du temps de cohérence de spin dans un nano-objet ou une boite quantique.
Les études sur des nanoparticules métalliques se poursuivent sur de nano-cristaux de silicium et des molécules.
Figure 2: a) Nano-structure fabriquée pour contacter un agrégat de quelques nanomètres à deux
électrodes de cobalt par des jonctions tunnel ; b) Résistivité différentielle en fonction de la tension
pour un agrégat de cuivre de 6 nm entre électrodes de cobalt. Les pics indiquent les marches de Coulomb
et le décalage entre ces pics pour les configurations magnétiques parallèle et antiparallèle des électrodes
est directement reliée au temps de vie du spin dans l’agregat (2 ns dans le cas de la figure).
Une étude plus récente, en collaboration avec l’Université de Cambridge (Mathur et al), concerne le transport
de spin dans une structure composée d’un nano-tube de carbone entre source et drain ferromagnétiques de La2/3Sr1/3MnO3.
Ce type de structure présente une magnétorésistance beaucoup plus élevée (70%) que les structures semblables avec canal
semi-conducteur entre électrodes ferromagnétiques, ce qui illustre les avantages des nanotubes en terme de longueur de
temps de vie du spin et de réduction du temps de séjour des électrons par la vitesse de Fermi élevée.
- Magnétisme d'agrégats nanométriques: Nous étudions également les propriétés magnétiques de réseaux
ordonnés d’agrégats de cobalt, parfois enrobés d’une couche métallique, et enterrés dans une matrice d’alumine.
Le contrôle de la structure de ces réseaux a permis d’obtenir un grand nombre de résultats précis sur ce qui
détermine leurs propriétés magnétiques. En particulier ce type d’expérience a montré clairement l’amplification
de l’anisotropie magnétique liée à l’augmentation du moment orbital en surface, le contrôle possible de cette
amplification par l’insertion de couche métallique entre agrégat et alumine, et finalement, après prise en compte
des effets d’anisotropie, l’influence des interactions dipolaires sur les températures de blocage du superparamagnétisme.
Spintronique avec des semi-conducteurs
L’association de semi-conducteurs et de matériaux magnétiques dans une même nanostructure est à la base de nombreux concepts
dans le domaine de la spintronique et de l’information quantique. Nous travaillons sur deux voies possibles : d’une part la
voie d’hétérostructures combinant semi-conducteurs classiques et semi-conducteurs ferromagnétiques (DMS pour Diluted Magnetic Semiconductors,
type GaMnAs), d’autre part la voie de structures hybrides associant semi-conducteurs et métaux ferromagnétiques.
Quelques faits marquants :
- Semi-conducteur entre source et drain ferromagnétiques : les expériences sur un puits
quantique de GaAs entre électrodes de GaMnAs et les développements théoriques associés ont permis de mieux cerner les
conditions sur les résistances d’interface requises pour injecter des spins dans un semi-conducteur et également y conserver
l’accumulation de spin pour un contraste maximal entre états passant et non-passant.
- Effet tunnel résonnant : les jonctions tunnel MnAs/GaAs/MnAs révèlent clairement un caractère ‘anormal’
de la magnétorésistance avec, en particulier des inversions de signe avec la tension. Ce comportement s’explique,
modélisation à l’appui, par la résonance sur des niveaux de défauts (antisites) dans GaAs. Nous exploitons
maintenant le filtrage de symétrie par la résonance sur des niveaux bien caractérisés d’un puit quantique de
GaAs pour clarifier l’origine de l’effet TAMR (Tunneling Anisotropic Magnetoresistance) qui est observé dans
des jonctions tunnel avec des électrodes de GaMnAs et est lié à l’anisotropie de sa bande de valence.
- Transfert de spin : le renversement d’aimantation par transfert de spin est observé dans nos jonctions tunnel
à électrodes de GaMnAs pour des densités de courant environ cent fois plus faibles que dans des structures
à électrodes métalliques. Cette diminution de courant de commutation est essentiellement liée à la faible
aimantation de GaMnAs. Le signe des courant critiques démontre également le couplage antiferromagnétique entre Mn et bande de valence.
Figure 3: Expérience de commutation magnétique par transfert de spin sur un jonction tunnel GaMnAs/GaInAs/GaMnAs.
La variation de résistance avec le courant montre une transition irréversible de parallèle à antiparallèle en courant
positif et d’antiparallèle à parallèle en courant négatif.
Concept de dispositifs
En parallèle avec ces travaux à caractère fondamental, un effort est mené dans le but d’identifier et d’évaluer des concepts
de dispositifs potentiellement intéressants dans les divers métiers de Thales.
- Capteurs magnétiques :
L’exploitation la plus directe des effets de magnétorésistance consiste à les utiliser pour la réalisation de capteurs. Dans Thales,
les capteurs magnétorésistifs pourraient présenter certains avantages par rapport aux technologies classiques telles que les flux-gates,
en particulier vis à vis de la miniaturisation de certains systèmes.
Nous avons développé depuis quelques années un démonstrateur basé sur l’effet Hall plan ayant une précision meilleure que 10 nT
(voir figure 4). Les travaux actuels sur cette technologie concernent son utilisation dans des magnétomètres pour des applications
spatiales (collaboration avec le laboratoire CETP du CNRS) ou dans le domaine du contrôle non destructif par analyse de courants de
Foucault (collaboration avec le CEA-LIST). Nous explorons aussi une autre technologie de capteurs basée sur l’effet tunnel dépendant
du spin et ayant la capacité potentielle d’atteindre des précisions dans la gamme du pT. Nous nous intéressons à la manière d’obtenir
un signal magnétorésistif linéaire et réversible, mais aussi à la réduction des offsets de résistance.
- Circulateurs à base de nanofils magnétiques : Nous nous sommes intéressés aux nanofils magnétiques depuis plusieurs
années, en particulier dans le cadre de l’exploration de la GMR en configuration CPP. Ces travaux sont réalisés en collaboration avec
l’Université Catholique de Louvain La Neuve en Belgique. Les particularités de ce type de matériaux (rapport d’aspect, matrice diélectrique)
permettent d’envisager de les utiliser comme éléments actifs d’un circulateur. Les circulateurs sont utilisés dans les circuits
hyperfréquences afin de permettre l’émission et la réception simultanée sur une même antenne. Il s’agit donc d’un composant clé dans
des systèmes tels que les radars. Par rapport aux technologies existantes basées sur les ferrites, l’utilisation de nanofils doit
permettre de simplifier et de rendre intégrable ces composants, en supprimant le recours à des aimants de polarisation.
- Capacités variables utilisant le blocage de Coulomb : On utilise une capacité variable dans la plupart des circuits oscillants, la variabilité de celle-ci
permettant d’assurer une certaine agilité en fréquence. Sur la base de nos travaux autour de la maîtrise des assemblée d’agrégats
d’une part et du blocage de Coulomb d’autre part, nous avons identifié un concept innovant de capacité variable. En utilisant une assemblée
2D d’agrégats insérée entre une barrière tunnel et une couche isolante épaisse, le phénomène de blocage de Coulomb se développe
sur une plage de tension qui est élargie par la dispersion en taille des agrégats. Ainsi, un tel objet se comporte comme une capacité
variable dont les caractéristiques sont directement liées à celles de l’assemblée d’agrégat. Un avantage potentiel important par
rapport aux technologies actuelles telles que les varicaps est de pouvoir contrôler de manière quasi-indépendante l’accordabilité
en fréquence qui est essentiellement liée aux caractéristiques de la distribution d’agrégats et le facteur de surtension qui dépend
principalement de l’épaisseur du diélectrique. Après avoir obtenu une preuve expérimentale de ce concept et étudié l’influence de
plusieurs paramètres matériaux, nos efforts actuels portent sur la modélisation de ce nouveau composant ainsi que de son insertion
dans un circuit oscillant.
Figure 4: Ensemble de capteurs magnétorésistifs d’une précision meilleure que 10 nT.
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